Une cantine de quartier qui réinvente le monde à la rue du sceptre

La semaine dernière, je suis passée chez Refresh, la cantine de quartier de la rue du Sceptre. Si vous n’en avez jamais entendu parler, je vous invite vraiment à pousser cette porte (numéro 39) !

De l’extérieur, le bâtiment ressemble à une maison normale, même si quelques panneaux tentent de refléter toute l’énergie du projet qu’elle abrite. Toutefois, il ne faudrait pas hésiter à franchir le pas, car à l’intérieur se trouve un super chouette petit resto ouvert à tous sur le temps de midi. Cet endroit qui se définit comme une « cantine de quartier » est très beau, cosy, agréable et propose tous les jours deux-trois délicieux plats qui mettent en valeur les légumes de saison et l’agriculture urbaine. Dans une ambiance sympa, j’ai partagé un repas avec une amie en m’arrêtant pour saluer les gens du quartier qui vont et viennent dans cet espace chaleureux. A l’arrière, quelques tables au soleil et le bonheur de voir le potager de refresh évoluer, les framboisiers renaître et les poules se balader. Refresh (4)

Mais Refresh, c’est bien plus que ça. Pour mieux comprendre le projet, je retrouve Laurent à l’étage, dans les locaux de la Foire aux savoir-faire, afin qu’il m’explique le projet.

Refresh, c’est avant tout un projet d’insertion sociale qui vise la participation de chaque Bruxellois au tissu social de la ville. Refresh s’inscrit donc dans une volonté de dynamique citoyenne et cherche à favoriser l’essor de telles initiatives. Pour ce faire, le projet travaille sur trois axes : l’insertion sociale (via le resto), la sensibilisation à l’agriculture urbaine et à une alimentation durable et la mise en place d’une oasis urbaine, vrai lieu de rencontre pour les citoyens.

Tout d’abord, le resto. Il a débuté au mois de mai et emploie principalement des personnes en processus de réinsertion sociale. Ces personnes article 60 ont en général perdu leurs droits au chômage et connaissent des parcours de vie plus ou moins difficiles. Le volet humain est dès lors très présent dans le projet, ce qui lui donne tout son sens, mais peut également être compliqué à gérer. L’équipe fait parfois appel à des bénévoles qui servent de back-up en cas de problèmes et rendent le tout plus résilient. De plus, le resto accueille aussi des cuisiniers motivés qui cherchent à se tester et à développer leur business. Win-win !Refresh (24)

Au niveau de l’agriculture urbaine et de l’alimentation durable, Refresh organise, en plus d’ateliers cuisine, la formation Maitre frigo. Ces Maîtres, une fois formés, deviendront alors ambassadeurs de bonnes pratiques en matière de lutte contre le gaspillage alimentaire. Laurent m’explique aussi qu’il voit bien que le système agricole industriel s’essouffle et qu’il faut promouvoir autre chose. Dans le jardin, il y a un petit potager, un compost de quartier et un poulailler. C’est un jardin typique de Bruxelles : long et étroit, entouré de murs. Il le veut productif, joli et pédagogique. S’ils arrivent à en faire un chouette potager, il inspirera certainement d’autres Bruxellois qui possèdent un jardin similaire ! En plus de leur jardin, Refresh a également planté un verger avenue d’Italie avec une mission locale (formation maraîchage bio urbain) et file un coup de main au potager voisin de la rue Gray pour réfléchir les cultures sur toit. Les productions sont récupérées pour la cuisine du resto. Ce qui est vraiment sympa, c’est qu’une partie du potager a été confiée aux bons soins des habitants du quartier ! Ceux-ci se mobilisent donc régulièrement pour venir passer un peu de temps dans le jardin et cultiver une partie de la terre + de la serre. Les habitants du quartier aident aussi le projet à préparer des semis qui pourront être distribués dans le quartier pour inciter les gens à cultiver des plantes comestibles. Génial ! La cuisine possède aussi pas mal de matériels utiles à la transformation des aliments. Les citoyens peuvent en profiter et venir transformer des produits dans cette cuisine qui répond aux normes sanitaires. Le but, c’est de récupérer des invendus ou de transformer des légumes qui se retrouveraient en excès sur le marché. Un partenariat est également en cours avec fruit collect qui fait le lien entre les producteurs qui ont trop de fruits et les consommateurs. Ces bénévoles-récolteurs vont notamment récolter des cerises qui sinon pourriraient sur place et les transforment chez Refresh en confitures pour en faire don à des épiceries sociales. Dans le cadre de l’opération Phosphore, Refresh sert de laboratoire vivant concernant la gestion des déchets organiques. Assez complet comme programme, non ? 🙂

Dernier axe : la dynamique citoyenne. On a déjà compris en lisant ce qui précède que cette dimension est présente dans tous les aspects du projet. Mais en plus de cela, le lieu sert de point d’ancrage et de rencontre pour les habitants du quartier. Il suffit de pousser la porte à midi pour saluer les personnes qui font vivre ce quartier (habitants, théâtre Varia, Elzenhof,…) ou de descendre dans le jardin pour profiter du potager collectif avec les voisins. Quand on est actif dans l’associatif, on sait l’importance d’un lieu, d’un endroit agréable, sans prise de tête, pour se retrouver. Laurent m’explique que 30-40 habitants de la rue se retrouvent régulièrement pour des projets variés et qu’il y a une super dynamique de quartier qui, moi, m’a fait penser aux rues en transition.

Enfin, ce projet fonctionne grâce à un subside, le bâtiment est mis à disposition par la commune et j’ai trouvé qu’il apportait une véritable valeur-ajoutée au quartier et contribuait de façon efficace et sympathique à un changement de mentalité vers un mode de consommation plus local et respectueux de l’environnement, tout en valorisant l’aspect social, le bien-être et la solidarité à la petite échelle de la rue du sceptre.

J’ai adoré cet endroit et risque bien d’y retourner plus d’une fois !

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