Le bar Le Viaduc et Gérard

Le Viaduc. Un petit bistrot niché au cœur d’Ixelles, presque à l’ombre de la Maison communale. Un petit bistrot dans lequel nous ne serions pas étonnés de trouver le commissaire Maigret attablé devant une bonne bière…belge.
Nous avons rendez-vous ce soir avec Gérard, le patron, qui nous accueille chaleureusement :il est vrai qu’il connait déjà Pixels1050, dont le premier exemplaire papier est affiché bien en évidence près du comptoir, où se trouvent un groupe de clients, visiblement des habitués de l’endroit, qui se connaissent et discutent entre eux avec animation.
Gérard nous explique qu’il a repris l’exploitation du Viaduc en 1999, il y a 18 ans, et nous dit ce qu’il sait de ses origines :il s’agit en fait d’une maison érigée au 19ème siècle par l’exploitant des abattoirs, qui se situaient dans le bâtiment qui est devenu en 1892 le Musée d’Ixelles, pour y loger ses ouvriers. Une sorte de coron ixellois… La porte cochère qui se trouve sur le côté droit du bar donnait accès au lavoir destiné à ceux-ci. Les abattoirs ayant été désaffectés à la fin du 19ème, la création du Viaduc date de cette époque.

En 18 ans, la clientèle a bien changé. Ceci est dû, pour Gérard, à la modification de la population qui habite le quartier : avec l’arrivée des institutions européennes, les loyers ont augmenté et la population ouvrière a été remplacée par des fonctionnaires européens, peu enclins à fréquenter les bistrots. Une anecdote cependant, que Gérard nous raconte en souriant : il y a quelques années, tous les jeudis et vendredis, le Viaduc était pris d’assaut par un groupe de Danois, et son établissement était alors plus connu à Copenhague …qu’à Ixelles !
Ce changement de clientèle a entrainé quelques modifications…au début, avec des ouvriers, le Viaduc faisait le plein le matin. Aujourd’hui, avec la clientèle plus jeune qui les a remplacés, c’est le soir que le bar s’anime. Et aussi, Gérard nous dit que l’interdiction de fumer à l’intérieur a eu des effets imprévus : les fumeurs sortent sur le trottoir, ce qui occasionne un peu trop de bruit pour les riverains. Et, malheureusement, il s’en est suivi que les soirées « concert » qui avaient lieu au Viaduc n’ont plus été organisées.
Il existe cependant une nouvelle activité, inattendue ici, qui ne dérange pas le voisinage : une fois par semaine, le mercredi, une coopérative vend des paniers de légumes cultivés par des producteurs locaux, dans une petite cour située à l’arrière du café.
Lorsque nous l’interrogeons sur ce qu’il pense de l’avenir d’Ixelles, sur le futur piétonnier tout proche de la Chaussée d’Ixelles, Gérard n’est ni optimiste, ni pessimiste, mais dubitatif : il ne pense pas que le piétonnier va améliorer la situation des commerces, des cafés, car il craint que cela va entrainer une spéculation sur le prix des loyers. Lui-même s’est toujours tenu à l’abri des grosses sociétés multinationales, pas d’Inbev au Viaduc : Gérard, depuis toujours, a un contrat avec une petite brasserie belge, la brasserie Roman. Il convient de souligner ce fait, devenu assez rare.
Son espoir est que des lieux comme le Viaduc, des espaces de liberté, de rencontres et de discussions, continueront à exister, et qu’ainsi Ixelles conservera sa spécificité de commune multiculturelle, artistique…
Nous terminons notre entretien avec Gérard en parlant de son avenir : proche de l’âge de la pension, il a heureusement trouvé un repreneur désireux de maintenir cette institution qu’es Le Viaduc dans son état actuel. Et pour Gérard, qui est Français, ce sera le départ vers une nouvelle vie dans sa région natale, la Haute-Savoie.
Gérard arrêtera de tenir le Viaduc à la fin de cette année…ce qui nous laisse encore quelques semaines pour y retourner pour y boire une vraie bière belge !

Reportage réalisé par Ulli,Inès et Jean-Jacques

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